D'un côté nous aurions l'appétit du gain animé par les méchants capitalistes qui veulent s'en mettre plein les fouilles au détriment des travailleurs et, de l'autre, nous aurions les bons sentiments, la générosité et l'altruisme porté par des valeurs exclusivement sociales, au mépris des réalités économiques.

Cette bipolarisation caricaturale sans mesure est absurde et ne correspond pas à mes réalités de citoyen.

Sur un plan local comme au national, on gagnerait à en faire la synthèse plutôt que de s'opposer de façon manichéenne à chaque élection.

La France est malade de cette opposition systématique moins idéologique que découlant des institutions de la cinquième République (notamment dans les modes de scrutin).

En voulant rassembler les Français dans une vraie social-démocratie qui fait œuvrer les gens ensemble, François Bayrou incarne un vrai désir citoyen, donc politique.

Que l'on soit de droite ou de gauche, rien ne pourra s’accomplir sans faire le deuil de ce clivage archaïque et sectaire.

Notre pays a besoin de réformes importantes mais on ne peut pas réformer dans une société coupée en deux, caricaturée entre le bien et le mal.

De plus, et pour la première fois, il y a une très grande lisibilité de son programme et de ces propositions.

Particulièrement : "La nouveauté de la proposition politique qui est la mienne est qu'elle invite à voir ce qui rassemble et non ce qui sépare artificiellement. Donc on va aux élections, au scrutin majoritaire, avec des candidats " majorité présidentielle "... Elu président de la République, investi de la confiance des Français et porteur de ce mandat du peuple, je nomme un gouvernement de rassemblement. Ce gouvernement accordera un label dans chaque circonscription aux candidats qui le soutiendront. La nouvelle majorité présidentielle sera présente dans chaque circonscription du pays. Et les Français la choisiront. (...) Pour porter ce nouvel espoir et cette grande responsabilité, l'UDF dans sa forme actuelle ne suffira pas. Il faudra un grand parti démocrate pour la France."

Dans l'interview qu'a donnée François Bayrou au Monde, et après avoir longuement étudier son programme et avoir apprécié ce réalisme lié aux capacités économique de notre état, en l’état, qu’il porte et désire incarner, ce candidat me semble pour la première fois exprimer complètement et clairement le scénario sur lequel il compterait pour résoudre ce difficile problème « d’expression électorale ».

Parmi les trois scénarios, constitution d'une majorité présidentielle autour du parti soutenant le candidat, grande coalition à la Française, gouvernement non partisan soutenu par des majorités d'idées, c'est le premier, directement inspiré de celui mis en oeuvre par le Général De Gaulle en 1958, qu'il retient.

Les circonstances d'aujourd'hui et la relation du candidat avec les Français sont telles qu'elles sont de nature à provoquer un " électrochoc" analogue à celui de 1958.

Chacun se forgera son opinion sur la plausibilité de ce pari sur l'effet de " l'union nationale" auquel se réfère la " une" du monde.

Les Français seront-ils prêts à prendre le risque d'un pari aussi aléatoire alors que toute l'histoire politique des vingt cinq dernières années a été celle d'une marche continue vers la bipolarisation.

Sans doute François Bayrou espère-t-il rallier autour de son projet beaucoup de ceux qui refusent cette bipolarisation journalistique, émaillée de staracadémisations parisiennes égotiques, en s'engageant sur une réforme radicale du mode scrutin.

La mise en place d’une loi électorale juste :

50 % des sièges au scrutin majoritaire de circonscription, 50 % à la proportionnelle, avec une barre à 5 % des suffrages, permettant de garder ainsi une dynamique majoritaire tout en répondant à l'impératif d'une représentation équilibrée des territoires et des opinions.

Une telle perspective peut séduire des électeurs qui, tout en ne partageant pas complètement toutes les idées de François Bayrou comme moi, verraient dans cet engagement la possibilité de participer enfin au débat démocratique institutionnel autrement qu'à travers le rituel parodique et ridicule de candidatures multiples et microscopiques à l'élection présidentielle.

L'issue ultime d'un tel bouleversement n’est incontestablement pas encore acquise et il faudrait beaucoup d'audace au peuple français pour en prendre le risque… A quoi on peut rétorquer que le référendum de 2005 a montré que, collectivement, nous ne sommes pas allergiques à l'aventure et qu'ils nous arrivaient, aussi, de nous surprendre nous-même.